Place Ducale à Charleville-Mézières

Charleville-Mézières & Sedan

Charleville-Mézières & Sedan

Les Ardennes, terre prisée de princes qui y bâtirent leurs légendes et leurs capitales. Côté Ardennes belges, il y eut Liège et Chimay. Côté Ardennes françaises, ce furent Sedan puis Charleville-Mézières. Découvrons ces deux-là : distantes de 20km à peine, fières et modernes, elles résistent aux caprices de l'histoire pour toujours cultiver culture, savoir-faire et savoir vivre.

Place Ducale à Charleville (c) Laetis

Les villes princières

 

Pas de principautés sans princes. Avant de s'engouffrer dans le massif des Ardennes, côté français, la Meuse fait coup double. Charleville-Mézières et Sedan, deux villes, deux identités, deux histoires. A Sedan, au XVIe siècle, un prince en son château fait valoir ses... principes et son indépendance. Près de Mézières la médiévale, moins d'un siècle plus tard, un autre prince bâtit sa capitale ex-nihilo. Ce sera Charleville. Qui épouse Mézières en 1966, après un long concubinage. Des villes au même charme des âmes fortes. A découvrir.

Charleville et la Meuse
Fresque Charleville-Mézières
Plage Ducale
Fresque Arthur Rimbaud (c) Johan Barrot / Laëtis

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Sedan dans de beaux draps

Les mots sont à prendre au premier degré. 1549. Robert de La Marck, seigneur de Sedan en son château le plus vaste d'Europe, devient souverain de plein droit. Une indépendance qui fait bientôt de la ville un refuge pour les Protestants. Ils y fondent une académie. Mais la culture va de pair avec l'économie. Le prince fait battre monnaie et encourage l'essor de l'industrie textile. Les draperies de Sedan seront bientôt parmi les plus réputées d'Europe. Voire du monde. La France a repris ses droits depuis longtemps sur l'ancienne rebelle quand, en Amérique, le mot Sedan devient synonyme d'automobile dotée d'un coffre et de tissus de qualité… Dans nos dictionnaires aussi, le nom commun « sedan » signifie « drap fin de couleur noire que l'on fabriquait à Sedan ». A l'orée du troisième millénaire, Sedan a conservé son château, ses quartiers anciens et pittoresques au pied des remparts, mais ses usines ont fermé. Pourtant, l'esprit des princes demeure. Une forme de fierté que traduit son label de ville d'art et d'histoire.

Château de Sedan (c) Johan Barrot / Laëtis

Charleville, Mézières, tout un poème

1606. Duc de Nevers et de Rethel, futur duc de Mantoue, parent des rois de France, Charles de Gonzague décide à 26 ans de s'offrir une cité à la mesure de son ambition et de son génie visionnaire. Sur un plan en damier dont le centre, la Place Ducale, est le cœur battant, il bâtit celle qu'on nommera logiquement Charleville. Elle sort de terre en quelques années, dans une boucle de la Meuse jusqu'alors abandonnée, à quelques pas des remparts de Mézières la médiévale.

Dès 1608, Charleville est la « capitale » de la principauté d'Arches, un hameau que le duc avait déjà dans son escarcelle. Un quartier resté aujourd'hui le trait d'union entre les deux pôles urbains de Charlestown, comme disait Rimbaud, et de Mézières. A la Révolution, c'est Mézières qui est désignée préfecture du département. Avec ses casernements, les républicains la jugent plus sûre. Ils sont méfiants vis-à-vis de Sedan l'impertinente, même remise au pas sous Louis XIII puis Louis XIV, et de Charleville. Celle-ci est considérée comme bien trop libérale et libérée, peuplée d'abord d'entrepreneurs et commerçants attirés par la franchise d'impôts puis d'anciens proscrits au passé trouble. Son apparence apparaît également bien trop italienne, aussi, par sa faconde, son sens de l'art et son art de vivre.

Passerelle du Mont Olympe, Charleville Les vitraux de la basilique de Mézières Les remparts de Mézières (c) Johan Barrot / Laëtis
L'Hôtel de Ville de Mézières (c) Laëtis

A Charleville, tous les deux ans, a lieu le Festival Mondial du Théâtre des Marionnettes

 

Rimbaud (c) Johan Barrot/Laëtis Façade du Musée Rimbaud (c) Johan Barrot/Laëtis

Pas idiote, mais absolument moderne

« Supérieurement idiote ». Rimbaud eut la dent dure pour Charleville. Mais il y revint toujours… On peut découvrir la ville en suivant ses pas. Quel meilleur guide touristique ? Toutefois, si l'on ne s'arrête qu'une journée, un marathon envoûtant est au programme. A Mézières, on inclura d'abord la basilique et ses vitraux cubistes et inspirants que dessina un disciple de Picasso. 

 

A Charleville, on enchaînera par le Musée de l'Ardenne, qui occupe un des angles de la Place Ducale. Mariage réussi entre l'architecture du XVIIe et des matériaux d'aujourd'hui (verre, acier), il permet de glisser vers la place Churchill. Là, on s'attarde devant l'horloge du Grand Marionnettiste. L’œuvre évoque la légende des Quatre Fils Aymon quand ils franchirent les Ardennes. Elle rappelle aussi le festival biennal qui fait de Charleville l'Avignon des marionnettes. Dernière étape, évidemment, le nouveau Musée Rimbaud implanté en bord de Meuse, où poésie et créativité se marient dans le respect du patrimoine et de la mémoire du poète. Comme dans la Maison des Ailleurs qui lui fait face, où Arthur vécut adolescent. L'immeuble est à présent une invitation au voyage et à la rêverie. Chaque pièce est dédiée à une ville où séjourna Rimbaud.

Puis retour sur la Place, après un énième trajet via ces petites rues perpendiculaires et authentiques qui caractérisent la cité moderne du prince. Depuis les terrasses conviviales bruissant de la générosité ardennaise, on y constate que l'un des côtés diffère. Le prince était riche. Mais plus assez pour édifier un palais. Comme Rimbaud, ses Illuminations ont failli virer en une Saison en enfer. Pas pour vous. Après Charleville et Mézières, il reste tant à faire encore dans les environs. Les Ardennes, quelles richesses !

Autres informations

 

Office de tourisme de Charleville-Sedan en Ardenne, 4, place Ducale, F-08102 Charleville-Mézières ou 35 rue du Ménil, F-08200 Sedan
Tel.: +33 (0) 3 24 55 69 90
www.charleville-sedan-tourisme.fr/